Sur « More of Us Project » né en 2014…

 

Par Christina Goh
Vocaliste, poétesse, essayiste et initiatrice du blog « More of Us Project »


Le monde devient un univers de castes et la méfiance est le premier contact.

Presque tout serait suspect : la ride sur le front, la réussite trop rapide, la chute trop brutale… Les défauts, les qualités propres à la personnalité de l’individu, l’excellence où la bêtise, ne semblent plus compter.

 

Quand j’initie le site « More of Us project » en 2014, les grands médias sont souvent considérés comme biaisés. La vérité se trouverait au détour d’un blog comportant des extraits de documents secrets dévoilés au prix de la vie de l’auteur. Nous serions tous des esclaves travaillant pour une élite cachée, méprisante et sans pitié.
Cette réalité écrasante est manichéenne : les bons sont le peuple pauvre manipulé et qui souffre. Les méchants sont riches. Toujours très riches et souvent blancs de peau.

Vraie ou fausse, la simplicité de cette analyse a des ricochets : pourquoi faire des efforts pour améliorer sa vie ? De toute façon l’élite contrôle tout et ne laisse réussir que les « vendus » ou ceux qui se sont corrompus en trahissant leurs frères pauvres. L’unité est préconisée, oui, mais via les communautés. De races, de classes. Des sociétés fermées, en ligne, sous forme de forums, de groupes ou de sites. Le monde n’est plus une somme de diversités individuelles évolutives mais devient un univers de castes et la méfiance est le premier contact. Car presque tout serait suspect : la ride sur le front, la réussite trop rapide, la chute trop brutale… Les défauts, les qualités propres à la personnalité de l’individu, l’excellence où la bêtise, ne semblent plus compter. Seule prime la dénonciation pour solidifier son appartenance au groupe. Qui a fondé le groupe en question, qui l’entretient et pourquoi ? Evidemment, cela importe peu au pays du dogme…

Cette dernière question est pourtant capitale pour certains qui se moquent des sites précédemment cités et affichent leur foi au « conventionné ». Autre perspective, autres impacts. Dans le monde du « raisonnable », un niveau d’éducation est une évidence et devrait suffire à faire taire toute ineptie. Ne priment que l’intellect, les comptes et l’histoire, souvent triée en fonction de l’intérêt en cours. On proclame la solidarité mais elle s’arrête souvent à la porte de son bureau ou de la maison dont on est propriétaire. Les analphabètes n’existent pas ou sont loin. Peu d’images ou de photos ou alors c’est de l’art même s’ils représentent une agonie. C’est un tango entre soi et « la tendance » d’ambitions, en générale très « nobles » pour l’avancement d’une humanité où l’autre n’est pourtant qu’un figurant… Ou alors une donnée qui permet de réajuster ses plans de succès. Ils permettront de supporter la solitude ou les doutes…

Autant de théories auxquelles on donne vie, autant de murs qui nous séparent les uns des autres.
Il m’aura fallu du temps pour y voir un peu plus clair dans l’effusion actuelle de préjugés (sur lesdits pauvres, riches, blancs, noirs, hommes, femmes, religieux, non-religieux, ignorants, initiés, végétariens, omnivores, homosexuels, transgenres, jeunes, vieux… ) qui ronge ce qui reste de nos rêves. Le rêve gratuit qui nous fait donner et nous donner. Celui qui faisait dire à Martin Luther King « I have a dream… », à John Lennon « Imagine all the people »…
Car il s’agissait d’imaginaire pour la joie de l’imaginaire et d’une réalité qui tenait pour précieux tous les individus dans ce qu’ils sont d’uniques. Uniques donc irremplaçables. Toute perte devrait être insupportable, pleurée et non envisagée ou parce que le groupe subsiste !

Dans cette dynamique, qu’en serait-il donc des races, des classes, des communautés ?
Ce sont des mots, désignations de catégories pour aider certains, non des déterminations. Le zèle mis à matérialiser ces divisions théoriques aurait pu servir autrement. Triste divertissement  quand ce qui compte, c’est le rêve intime et l’action réelle de chacun d’entre nous, à son niveau. Voilà le fil conducteur !
Et autour de ce fil résistant et pluriel se greffe tout le reste… Quel est mon rêve, celui qui ne dépend pas des préjugés, celui qui est libre de tout accessoire ?
Est-ce que je l’assume ou est-ce que je le fuis ? C’est à la genèse, un face à face avec soi-même.

Avec « More of Us project », j’ai essayé de retrouver le fil conducteur de ce « rêve gratuit » dans les médias dits « mainstream » ou pas. Ils constituent une porte accessible ouverte sur le monde, une trace de l’autre… Médias à notre image, car les journalistes sont des humains ! Remplis de contradictions, parfois d’erreurs. Qui n’en fait jamais ? Des médias de toutes sortes, multiples, différents, de toutes tendances, de tous pays, en toutes langues, ouverts sur l’autre dans ce qu’il a de positif ou de négatif. La déontologie journalistique constituant un garde-fou. Une déontologie constituée par une concertation d’individus différents…

Dans ces médias, j’ai donc suivi ce fil directeur : chercher ces gens qui ont cru en un rêve intime, gratuit et l’ont assumé par l’action, en transcendant tout préjugé. Des rêves réalisés malgré les difficultés et dont j’ai bénéficié des effets, souvent sans le savoir, parce qu’ils ont contribué à un mieux-être global.

A partir de l’instant où nous sommes nés, ne sommes-nous pas entrés dans un projet commun qu’on vient enrichir par notre caractère unique ? A nous de l’assumer ou de le nier.

J’ai rêvé d’un monde où la différence de l’être est une richesse. En 2014, c’est devenu un projet puis un blog : « More of Us Project » qui recense et fait un focus  sur les héros de l’ordinaire dans le monde entier. Au-delà de la méfiance, je voulais aussi voir et partager le verre à moitié plein…